Tous les figurants, petits santons vivants, sont au rendez-vous : le naturel du lieu et l’urbain, babas et bobos, néoruraux et gentlemen de week-end accompagnés de l’indispensable labrador se côtoient, se saluent, discutent entre voisins, entre connaissances. Une tête d’artiste connu, reconnu, passe le temps d’un gros plan fugace. Tous ces gens partagent le même espace, les mêmes instants. Toutes sortes d’histoires se croisent ou font semblant, courtoisement, de vivre la même histoire.
Extrait de Richerenches la secrète, Florian-Gabriel Serron
Un vison lustré se faufile en furetant de droite et de gauche entre deux vestes de chasse en velours râpé. Le jean et l’alpaga se frôlent. Des faces à moustache de tous poils croisent des minois du meilleur genre, confits, poudrés, le regard impénétrable derrière de grosses lunettes fumées comme des berlines officielles. La blondeur laquée sous le carré Hermès pas du tout gêné par les bonnets, chapeaux et casquettes de modèles des plus variés. Les suaves fragrances florales du Faubourg Saint-Honoré prennent la clef des champs.
Extrait de Richerenches la secrète, Florian-Gabriel Serron
On a trouvé la bonne place. On est incolore. On se poste au-dessus d’une épaule d’où on peut suivre le palabre. Il y a du confessionnal entre les deux parties. Il faut garder l’œil et l’oreille en éveil pour ne rien perdre de ce qui s’est passé entre le courtier et le vendeur précédent. Si celui-ci repart la mine fermée, apparemment désinvolte, la filoche pleine vers une autre voiture où le manège recommence, on évalue ses chances, selon ce que l’on a perçu de l’opération. Tout autour, les intéressés se pressent, recueillis ; dès qu’une truffe apparaît, tous s’inclinent.
Extrait de Richerenches la secrète, Florian-Gabriel Serron